Zabeen Hirji est conseillère exécutive, avenir du travail, chez Deloitte et conseillère stratégique pour le secteur public et cadre en résidence à la Beedie School of Business de l’Université Simon Fraser. Elle siège au groupe consultatif de Global Skills Opportunity. Elle a occupé pendant 10 ans le poste de directrice des ressources humaines à la Banque Royale du Canada.
En réfléchissant à ma carrière enrichissante dans les services financiers, qui a débuté comme caissier à RBC et pris ma retraite 40 ans plus tard en tant que chef des ressources humaines de la banque, je me rends compte que ce sont mes compétences humaines qui ont résisté à l’épreuve du temps.
De telles compétences, y compris l’adaptabilité et la pensée critique, ne peuvent pas être acquises dans les livres et les conférences. Mais je sais d’où je les ai obtenues : ayant immigré au Canada depuis la Tanzanie à l’adolescence, je peux attester à quel point le fait d’être plongé dans un endroit inconnu aide développer rapidement des compétences.
Étude après étude ont montré que l’expérience internationale non seulement façonne le caractère des individus, mais qu’elle présente une valeur tangible pour les employeurs et donc pour l’économie.
C’est pourquoi je fais partie du groupe consultatif de Global Skills Opportunity, le programme pilote de mobilité étudiante à l’étranger du gouvernement canadien de 95 millions de dollars qui encourage et soutient les étudiants de niveau postsecondaire à étudier et travailler à l’étranger.
Malheureusement, le financement du programme n’est pas assuré au-delà de 2025. J’exhorte le gouvernement fédéral à financer de façon permanente ce programme d’impact. Garantir que les opportunités de compétences mondiales et tous les avantages qu’elles apportent au Canada perdurent est crucial pour un avenir prospère pour ce pays.
Dans Le monde est plat : une brève histoire du XXIe siècle, Thomas Friedman écrit : « Les travailleurs d’aujourd’hui doivent aborder leur lieu de travail de la même manière que les athlètes se préparant pour les Jeux olympiques, à une différence près. Ils doivent se préparer comme quelqu’un qui s’entraîne pour les Jeux olympiques mais ne sait pas à quel sport il va pratiquer.
Dans un monde marqué par des changements technologiques, sociaux, environnementaux et géopolitiques sans précédent, les soft skills sont d’autant plus importantes. Les Canadiens doivent adopter une mentalité de croissance et repenser les modèles d’éducation traditionnels. Nous devons être adaptatifs et flexibles, ouverts à l’incertitude et capables d’apprendre rapidement.
Lorsque j’ai débuté ma carrière, la demi-vie des compétences techniques était de 30 ans, ce qui signifie qu’en trente ans, la moitié de ces compétences étaient obsolètes. Aujourd’hui, la demi-vie des compétences techniques n’est que de deux à cinq ans et elle diminue. En revanche, les compétences humaines – ou « soft skills » – ne deviendront jamais obsolètes.
Les expériences internationales constituent l’accélérateur d’apprentissage idéal pour ces compétences humaines essentielles.
Naviguer dans différentes langues, cultures et coutumes, se faire de nouveaux amis, même savoir comment prendre le bus ou quoi manger, ces activités quotidiennes sont autant d’enseignements importants. Même si recommencer ma vie au Canada à l’adolescence n’a pas été facile, je suis devenue plus déterminée et plus résiliente – d’autres compétences essentielles au succès dans un monde en constante évolution.
Léger Marketing a constaté que 82 pour cent des petites et moyennes entreprises affirment que la compétitivité de leur entreprise est améliorée lorsque les employés possèdent des connaissances interculturelles et une compréhension du marché mondial.
Grâce à Global Skills Opportunity, on estime que 16 000 Canadiens participeront à une expérience internationale d’ici 2025. L’une des caractéristiques du programme est que 50 pour cent du financement soutient les étudiants sous-représentés – en particulier les étudiants handicapés, les étudiants autochtones et ceux issus de milieux à faible revenu qui ont traditionnellement confrontés à des obstacles pour participer à des expériences mondiales.
Jusqu’à présent, plus de 2 500 étudiants canadiens ont bénéficié du programme, et 74 pour cent s’identifient comme membres de groupes sous-représentés.
Les Canadiens qui ont participé m’ont dit que l’expérience leur a donné confiance, les a encouragés à se fixer des objectifs plus ambitieux et a même changé la trajectoire de leur vie.
« Partir à l’étranger est une expérience que je porterai avec moi pour le reste de ma vie », déclare Chanelle Courville, une femme autochtone et récente diplômée de l’Université Trent qui a passé du temps au Mexique en 2022 dans le cadre d’un projet d’opportunité de compétences mondiales.
« Avoir l’opportunité d’aller à l’étranger et d’étudier auprès de nouvelles personnes va changer à jamais mon niveau de confiance… à tel point que j’ai postulé à un emploi que je pensais hors de portée. »
Je suis heureux d’annoncer que Chanelle s’est vu proposer les deux postes auxquels elle a postulé.
Le programme fonctionne. Les opportunités internationales financées grâce à ce programme aident les jeunes Canadiens talentueux de tous horizons à perfectionner leurs compétences et à renforcer notre économie pour faire face aux défis inconnus à venir.
Il est préoccupant de constater que le financement à long terme de Global Skills Opportunity n’est pas assuré, en particulier dans le contexte de défis géopolitiques croissants.
Les enjeux sont considérables et nous ne pouvons pas nous permettre de faire preuve de myopie. Le Canada doit continuer d’encourager et d’aider davantage d’étudiants à partir à l’étranger au-delà de 2025.

